La violence, un fléau mixte


L’actualité ne cesse, mois après mois, de nous déverser ses histoires de femmes victimes de violences conjugales. Dernièrement, une connaissance me confiait être délaissée et maltraitée par son mari. Ce qui me pousse à revenir sur cette violence dans le couple dont on parle heureusement de plus en plus mais qui, contrairement à ces éternels lieux communs que je tente de combattre ici, n’est pas uniquement le fait des hommes sur leurs compagnes.

Parler de violence ne se limite pas uniquement à jeter l’opprobre sur la gent masculine, ces hommes qui seraient tortionnaires de ces pauvres épouses, concubines, compagnes, partenaires impuissantes face à la force masculine. Tout comme cela ne se limite pas à la seule violence physique, loin de là.

Les journaux (presse écrite, radio, télé…) nous abreuvent régulièrement de faits divers, tous plus glauques ou inquiétants, voire sanglants, les uns que les autres, avec comme acteurs principaux des hommes violents. Quand il ne s’agit pas de pères de famille, d’amants éconduits… il s’agit de personnalités telles que Bertrand Cantat face à Marie Trintignant ou face à son ex-femme, Kristina Rady (qui à trouvé comme seule échappatoire le suicide), Seal et Heidi Klum. Senna (de Secret Story et Les Anges de la Télé Réalité) et son ex-compagne, Elodie Carnevali… Pourtant, croyez-vous sincèrement que la violence a un sexe ? Que seuls les hommes se montrent violents sur les femmes ? Qui peut encore soutenir que la réciproque existe également mais est moins dévoilée au grand jour ?

Dans une société qui a glorifié durant des décennies l’image de l’homme fort, sans émotion, qui ne pleure pas, quel homme (prisonnier de ce poids éducationnel) osera aller porter plainte ? Quel homme osera se confier ? Sur les 153 décès survenus au sein du couple en 2012, on n’a comptabilisé « que » 26 hommes, ce qui est déjà trop… mais est-ce la réalité ? Tout comme, n’y a-t-il pas plus de 127 femmes parmi ces morts ? Combien de femmes ou d’hommes arrivent à dépasser la honte d’avouer l’échec de leur couple, la violence de l’autre, tout comme celle d’oser enfin pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie ?

Je me souviens de cet ami qui avait commencé à travailler sur sa violence vers 30 ans, après avoir frappé 2 de ses compagnes, ce qui ne lui ressemblait pas. Lorsqu’il m’avait avoué ce lourd secret, j’étais tombé des nues : lui qui, depuis notre enfance,  ne supportait pas la violence, qui préférait discuter plutôt que de faire le coup de poing… comment avait-il pu agir ainsi avec ces femmes pour lesquelles je le voyais si tendre, attentionné, prévenant ? C’est alors qu’il m’a avoué avoir subi les gifles de sa mère jusque tard durant son adolescence, elle l’avait même attrapé un jour par les cheveux pour l’envoyer à l’autre bout de sa chambre, car il ne comprenait pas un devoir. Au cours de ses 3-4 ans de thérapie, il avait identifié cet héritage ainsi que le fait que sa violence n’était pas comportementale mais générée par une incapacité momentané à gérer un manque de compréhension dans ses couples, de partage, d’échanges… Sa violence était donc également pour lui une souffrance, même si cela n’excuse en rien ses actes, comprenez-moi bien !

Je me suis donc souvent demandé combien d’hommes ou de femmes extériorisaient également leur impuissance, leur frustration en terme de communication, d’écoute, de partage, par une violence. Un type de violence généré par une submersion d’émotions, une incapacité à gérer l’urgence. La seule solution passe alors, pour ce type de violence, par une réelle prise de conscience, apprendre à gérer les situations conflictuelles. Apprendre à dévier cette montée de pression sur autre chose : un sport, une activité, que sais-je…

 Bien évidemment, ce type de violence n’a rien à voir avec celle qui vise à imposer à l’autre sa volonté, gagner du pouvoir… que ça soit dans le couple ou en famille, comme entre amis, au travail, dans la rue, un bar ou une boite de nuit. D’autre part, je n’ai parlé pour le moment que de violence physique, celle à laquelle on pense en 1er lieu, avec la violence sexuelle. Pourtant la violence peut également être verbale, psychologique ou économique.

 Depuis le 9 juillet 2010, la violence psychologique est définie par le droit français comme «  des actes répétés, qui peuvent être constitués de paroles et/ou d’autres agissements, d’une dégradation des conditions de vie entraînant une altération de la santé physique ou mentale ». La loi a été votée dans le cadre de la répression des violences faites aux femmes (encore à sens unique donc…). Il existe 15 catégories d’agressions verbales : les insultes et les menaces, généralement repérées sans difficulté, mais également le chantage, la dévalorisation, la sape, la contradiction, les jugements et critiques, les accusations et les reproches, la fausse plaisanterie, le blocage et la diversion, l’oubli, la retenue, le déni, le discrédit et le silence.

Il est établi que l’usage répété de violences psychologiques, de négation de la personnalité, de « rabaissement » de l’autre, de contrôle d’autrui, ont autant d’impact (voire même plus) sur la santé et le bien-être que la violence physique. Une réalité difficile à entendre ou croire pour certain(e)s mais pourtant bien réelle. Comment entendre la souffrance d’une personne qui ne porte pas de stigmate physique, dont les cicatrices sont invisibles… mais pour qui, néanmoins, les conséquences sont lourdes et difficilement curables ? Outre la perte d’estime de soi, de motivation, de troubles dépressifs, il y a aussi un impact physique. Toutes les formes de violence déclenchent des mécanismes de stress chez la victime. Un stress physique qui engendre une réaction du système cardio-vasculaire, ainsi que du système immunitaire, avec, lorsque ça devient chronique (lorsque la victime ne fuit pas cette violence), des conséquences à moyen et long terme très lourdes pour l’organisme. L’agresseur mobilise d’ailleurs lui aussi ces mécanismes du stress, même si son agressivité lui fournit souvent une échappatoire lui permettant de décharger la tension accumulée. C’est ce qu’Henri Laborit a montré avec ses expériences sur les rats qui stressés, finissent malades s’ils sont seuls en cage, alors qu’en présence d’un congénère qu’ils peuvent attaquer, leur santé physique est préservée.

 La violence dans le couple n’est donc pas uniquement physique ou à chaque fois sens unique. Elle résulte bien souvent de bagages hérités de nos parents, de la confrontations entre 2 histoires, 2 fêlures, 2 caractères. La seule issue reste en général l’écoute, le partage, la communication, que ça soit dans le couple, avec les amis, des professionnels de l’écoute… ou les forces de l’ordre. Rester dans un processus récurrent de violence, quelle qu’elle soit, ne peut qu’être malsain. Il faut à tout prix rompre le schéma familial ou l’engrenage au sein du couple. Mais je ne dis rien d’exceptionnel en affirmant cela. J’espère simplement pouvoir en aider certaines et certains, et avoir réussi à rompre cette idée préconçue selon laquelle la violence ne serait que masculine et que physique.

Jean-François, le 4 juillet 2013

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2 commentaires sur “La violence, un fléau mixte

  1. Carl on a écrit:

    Bel article Jean François …

    J’ai dans entourage un homme maltraité par sa femme et nous restons impuissants.
    Nous restons impuissants parce que la seule fois ou nous avons eu l’opportunité d’aborder le sujet avec lui sa réaction fut celle d’une huitre qui se ferme et nous avons compris que notre intrusion dans sa vie le violentait encore d’avantage … Nous ne pouvons pas faire grand chose et cela nous effraie.
    Même si les gens martyrisés se trouvent sur le même palier d »égalité quant aux ressentis et aux souffrances, je pense que l’homme se heurte d’avantage au fait  » Qu’un homme s’est fort  » … c’est un un handicap supplémentaire.
    J’ai, professionnellement, ( j’ exerce deux professions diamétralement opposées ) une approche quasi permanente de la maltraitance et je sais par expérience que si celle ci est installée et pas traitée, elle ne disparait pas et se transmet … La maltraitance conjugale se développe dans un univers dans lequel vont se construire des familles et ses même familles, si elles n’ont pas pris conscience avant que la situation était anormale et contournable auront en effet tendance a reproduire.
    Mais la maltraitance est partout et s’exprime sous de multiples facettes … Il y a 7 formes de maltraitance dont la maltraitance psychologique , plus sourde, moins visuelle et tellement violente pourtant.
    Je suis extrêmement sensible au sujet que tu as choisi d’aborder Jean Francois et je luttre chaque jour au sein de mon activité professionnelle contre ce fléau qui touche absolument tout le monde. Je rencontre très souvent des personnes maltraitées dans leur enfance par des parents exigeants et peu affectueux … Les coups de ceinturon sortis quotidiennement pour  » la bonne conduite à venir  » …Ces enfants nés de la génération ou la maltraitance n’était identifiée que par les hommes battant leur femme … Ce sont souvent ( pas toujours heureusement ! ) ces gens qui aujourd’hui, maltraitent leurs parents physiquement et psychologiquement … Maintenant qu’ils sont devenus vieux et fragiles les rôles sont inversés et l’histoire prend une autre tournure … Effroyable parfois.

    La maltraitance est issue de la violence de l’humain …

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