Pères divorcés, nous restons des pères !


Une  semaine après la fête des pères, je souhaite aborder la souffrance de trop nombreux pères divorcés, face à la garde de leur(s) enfant(s). 
Ah, tout de suite ça plombe l’ambiance par rapport à ma 1ere chronique plus fun, plus légère… Néanmoins, la question taraude tout autant mes semblables. Trop de papas sont privés de leur(s) enfants, avec la complicité de la justice.

Le sujet a refait surface au centre de l’actualité de ces derniers mois avec ces pères désespérés, juchés en haut de grues, de tours et l’apparition du Collectif de La Grue Jaune  qui fédère une vingtaine d’associations demandant l’égalité parentale entre les hommes et les femmes… Un sujet scandaleux à mon sens et qui est malheureusement loin d’être nouveau. J’y suis sensibilisé depuis de nombreuses années à travers des copains ou bien encore à travers ce témoignage d’un homme dont la future jeune épouse, originaire de Moscou, lui avait expliqué, quelques semaines avant le mariage, que lorsqu’elle serait enceinte, elle irait accoucher à Moscou afin que son (son ?) enfant ait la double nationalité et qu’en cas de divorce le père ne risque pas de le lui voler… Sans commentaire…

Si le vocabulaire du divorce ne parle plus de « garde » des enfants mais de « résidence », enlevant l’idée implicite que l’un des parents garde l’enfant alors que l’autre l’a perdu, le problème reste entier. En 2009, si l’on en croit les chiffres du Ministère de la Justice, la résidence principale a été confiée à la maman dans 74,6% des cas, contre 8% au père et 16,9% aux 2 parents en résidence alternée.

Autre constat, plus les enfants sont jeunes et plus l’inégalité est criante. « Jusqu’à 4-5 ans, les magistrats hésitent souvent à séparer l’enfant de sa mère » explique Me Nicole Milhaud, alors que la loi traite les 2 parents à égalité et ne se soucie que de l’intérêt de l’enfant (cf. loi du 4 mars 2002 avec l’introduction de la résidence alternée, apparue en Californie en… 1979 et en Allemagne en 98), mais la décision reste à l’appréciation de juges, avec leur histoire, leur éducation, leur arbitraire… et le poids de cet horrible choix entre un père et une mère… à moins qu’ils ne penchent pour la résidence alternée, pis-aller du divorce.

Selon Gérard Révérend (président de l’association Les papas = les mamans) « on renvoie les femmes à leur supposée fonction naturelle et il est difficile de faire accepter à un certain nombre de féministes, qui se battent pourtant pour la parité, que l’égalité doit exister dans les deux sens (je parlerai d’ailleurs prochainement dans une chronique de l’égalité hommes-femmes). Elles ont l’impression qu’on veut leur retirer des droits ».

Dans le prolongement de ma première chronique,  voilà encore un préjugé que de penser que seule femme peut bien s’occuper d’un enfant, que seule une mère peut apporter ce qu’il faut à son (ses) enfant(s).

Heureusement certaines femmes l’ont bien compris, telles Me Bétraice Ghelber, avocate spécialiste en droit de la famille, qui explique son engagement auprès de l’association SOS Papa par le fait qu’en tant que féministe elle ne peut admettre que l’on « considère trop souvent que les enfants sont la propriété des mères » et que la place des hommes auprès d’eux n’est pas naturelle. La devise officielle du gouvernement de Vichy, Travail Famille Patrie, n’est pas très loin avec cette idée du père qui travaille pour élever sa famille, tandis que son épouse joue son rôle de mère auprès des enfants…

Si le droit a évolué et donné un véritable et nécessaire rôle à la mère, avec l’apparition de l’autorité parentale, à la place de la toute puissance paternelle… le poids de notre culture judéo-chrétienne continue de lourdement peser sur la place accordée au père.

Alors j’entends d’ici la contre-offensive : moins de 30% des pères réclameraient la garde des enfants au moment du divorce. Peut-être, je veux bien le croire, la misandrie judiciaire n’existerait donc pas… Reste à savoir si cette négligence, cette erreur de la part de ces pères, est due à un désintérêt vis à vis de leur(s) enfant(s), j’en doute, ou bien un sentiment que de toute façon tout est joué d’avance…
Quoi qu’il en soit, l’éducation à la parentalité semble avoir encore du chemin à parcourir.

Jean-François, le 23 Juin 2013

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6 commentaires sur “Pères divorcés, nous restons des pères !

  1. sansale on a écrit:

    En effet le sujet est d’actualité vu que les divorces sont de plus en plus fréquents ! et malheureusement la loi veut que les femmes est à chaque fois la garde des enfants et du coup les pères souffrent de cette injustice. Moi même je suis divorcée et j’ai eu la garde des mes filles. Mais le père de mes enfants ne représente pas bien la douleur que ressent un père normal car il ne fait aucun effort pour elles, ne les appellent pas, et refuse d’en voir une depuis 4 ans ! Donc voici un cas de père à qui on ne peut vraiment pas confier la garde de ses enfants ! Mais je me suis rendu compte que quand le père se bat devant la justice pour avoir la garde, il a souvent gain de cause ! Et c’est encore mieux quand les enfants le demandent. Car il faut aussi penser au bien être des enfants qui ne sont écouté qu’à l’âge de 12 ou 13 ans… une aberration aussi.

  2. Carl on a écrit:

    Tout est question de culture encore et encore … La justice prend son temps pour s’adapter à la société d’aujourd’hui.
    Je me suis interrogée sur le « pourquoi » et je trouve trop simple l’idée de dire et de penser que  » la maman » est naturellement plus proche de son enfant.
    Les choses sont beaucoup plus compliquées qu’elles n’en ont l’air en réalité. Nous attribuons le rapprochement de l’enfant à la mère parce que cela a toujours été écrit comme cela, point barre.
    «  »La mère » porte l’enfant, le nourrit, le berce et partagera éventuellement l’éducation de l’enfant avec le papa … » cela était une évidence au temps ou le divorce n’était qu’exception, au temps ou la maman ne travaillait que rarement, au temps ou la femme ne votait pas et ne recevait pas de pension alimentaire en cas de séparation … Bref il y a bien longtemps et les choses ont changées … Sauf pour la justice.
    La situation de ces papas est absolument injuste. L’égalité des parents doit être respectée mais voila, la justice n’est pas encore organisée pour ça … Tout est là !
    Maintenant je m’interroge quant aux responsabilités et obligations des parents en cas de divorce. Ok … Séparons nous mais avant toute chose mettons nous d’accord pour le partage de l’éducation des petits. Engageons nous à ne pas déménager à 1000 bornes et organisons nous POUR eux et DANS leur intérêt … Combien y parviennent ? et quel est le rôle de la justice dans ce cas ? trancher ? et faire OBLIGATOIREMENT des injustices et des mécontents … Vaste sujet Jean Francois.

  3. IngridBBDM on a écrit:

    Je suis pour ce cri du coeur des pères.
    Trop longtemps les hommes ont laissé naturellement les femmes s’occuper des enfants en créant ainsi un clivage qui s’est accentué avec la généralisation des divorces.
    La justice n’a malheureusement pas aidé non plus. Mais je crois qu’il faut effectivement se faire à l’idée que les papas sont tout aussi capables que les mamans de s’occuper de leurs enfants et qu’en plus ils souhaitent vraiment le faire.
    Mon beau-fils n’avait pas cinq ans lorsque j’ai rencontré son père et sa mère ayant jugé plus simple pour elle de le laisser avec son père… Il s’est occupé de son enfant avec tout l’amour et toute la patience qu’il pouvait avoir. Malheureusement les mamans défaillantes sont de plus en plus nombreuses et les journaux s’en font de plus en plus l’écho.
    Maintenant si les juges pouvaient prédire l’avenir cela se saurait aussi alors nous sommes tous humains et l’erreur est le lot de tout un chacun.
    Je suis comme Christine d’accord pour l’égalité des droits mais c’est peut être le système que l’on devrait revoir pour pouvoir mettre en place un outil plus fiable que de s’en remettre au seul bon vouloir d’un juge…

  4. Etant moi-même divorcée, je ne peux rester insensible à ce sujet.
    J’ai toujours pensé que les pères étaient en droit d’avoir les mêmes droits « automatiques » que ceux accordés aux mères. J’ai des amis divorcés qui sont des pères extraordinaires, et qui souffrent terriblement de n’avoir leurs enfants qu’un week-end sur deux.
    Après, il y a aussi des pères, et même si c’est une minorité, ils existent, qui du temps de leur vie commune avec la mère ne montrent pas grand intérêt pour l’éducation de leurs enfants, se déchargeant sur la mère, et là, on peut s’interroger sur le fait de savoir s’ils seront capables d’élever leurs enfants et d’en avoir la garde intégrale.
    Cependant, je suis pour une égalité TOTALE des droits entre mères et pères.
    C’est une évidence pour laquelle les pères ne devraient pas avoir à se battre.

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